La muse malade


Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

Le succube verdâtre et le rose lutin
T'ont-ils ver la peur et l'amour de leurs urnes ?
Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,
T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes ?

J
e voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
Où règnent tour à tour le père des chansons,
Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.

"C.B"
La muse malade
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# Posté le samedi 26 novembre 2005 12:42

LE FOU ET LA VÉNUS

LE FOU ET LA VÉNUS
Quelle admirable journée! Le vaste parc se me sous lil blant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.

L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des tes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.

O
n dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs excies brûlent du sir de rivaliser avec l'azur du ciel par lnergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fues.

C
ependant, dans cette jouissance universelle, j'ai apeu un être affligé.

A
ux pieds d'une colossale nus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coifde cornes et de sonnettes, tout ramas contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle esse.

E
t ses yeux disent : - «Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inrieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beau! Ah! Déesse! ayez pit de ma tristesse et de monlire

Ma
is l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.

"C.Baudelaire"

# Posté le samedi 26 novembre 2005 12:34

La fontaine de sang

La fontaine de sang
Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

A travers la ci, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pas en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine !

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !

"Charles Baudelaire
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# Posté le samedi 26 novembre 2005 12:25

Modifié le dimanche 27 novembre 2005 11:30

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"Le rire est satanique. Il est donc profondément humain."


B
AUDELAIRE Charles, De l'essence du rire

# Posté le samedi 26 novembre 2005 12:07

Modifié le dimanche 27 novembre 2005 06:02

"Le rire est satanique. Il est donc profondément humain."

"Le rire est satanique. Il est donc profondément humain."
X. L'ennemi
Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleils ;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Q
u'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touc l'automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées,

Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le c½ur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

"Charles Baudelaire"

# Posté le samedi 26 novembre 2005 11:54